J'ai raté la démonstration culinaire du Risotto aux légumes de printemps que présentait le chef du restaurant I golosi à l'Université populaire du goût à Argentan.
C'est dommage car je voudrais bien participer une fois aux rendez-vous initiés par Michel Onfray. Celui-ci s'était attaqué à la fracture culturelle dès 2002 (date où Le Pen était apparu sur notre télé comme candidat au second tour de l'élection présidentielle) avec son séminaire gratuit et ouvert à tous d'histoire de la philosophie à l'Université populaire de Caen.
Depuis 2006, il lutte aussi contre la fracture du goût : il a ouvert avec un groupe d'amis à Argentan (sous-préfecture de l'Orne) un jardin potager d'insertion où on cultive des bons légumes et organise périodiquement des journées de découverte d'un produit (le petit pois, le topinambour, le panais) ou d'un pays (samedi dernier, l'Italie) : on assiste à la préparation d'un plat en public par un grand chef, l'accès est libre et tous publics.
Du coup, j'en ai profité pour relire l'analyse qui l'a conduit à monter ce projet (un petit article écrit par un philosophe, ça peut pas faire de mal, l'épreuve du bac approche pour un de mes lecteurs chéris) :
1. son amour des bons produits qui ne devraient pas être réservés aux seules élites ;
2. l'obésité, la mauvaise nutrition, la restauration rapide qui concernent en priorité les personnes aux revenus modestes ;
3. le temps consacré à la cuisine réduit comme une peau de chagrin, ce qui explique le recours aux plats préparés à réchauffer au micro-ondes.
Les explications qu'il donne à cette dernière évolution sont, je cite : les horaires de travail, le temps passé dans les transports, les familles mono parentales, la fin des familles où la grand-mère transmettait son savoir-faire culinaire, la boulimie de consommations d'images virtuelles. Il conclut : "La table comme lieu de convivialité et de plaisirs partagés laisse place à la corvée raccourcie afin de rejoindre dans les meilleurs délais le canapé devant la télévision ou la souris de son ordinateur".
Qu'en est-il statistiquement ?
Le Panorama de l'OCDE pour 2009 indique que les Français passent plus de deux heures à table à boire et à manger (plus que tout autre pays de l'OCDE, deux fois plus que les Américains et les Canadiens).
Et une seconde étude, réalisée en 2005 pour le colloque "Faire la cuisine" initié à l'ESC Toulouse, montre que, tant pour la cuisine de fête que pour la cuisine au quotidien, il n'y a pas de baisse du temps de préparation des repas depuis 1997.
Pas si mal donc mais ces chiffres sont des moyennes qui dissimulent sans doute des disparités générationnelles et surtout sociales qui justifient le combat de Michel Onfray.





Je partage cette idée forte que le "temps de/en cuisine" est un indicateur social fort et doit nous interpeller. Il y a danger à maints égards, notamment en termes de santé public dont le coût va être colossal. Tout commence par l'éducation, et donc aller à Argentan est un acte citoyen!!Rv chez M Onfray en 2010.
Rédigé par : Ernest | 28 mai 2009 à 23:08